Today | News | Books | Recipes Adventure | Science Fiction | Ghost stories | Poetry | Children | History Les enchantements de la forêtThe Project Gutenberg eBook of Les enchantements de la forêt This eBook is for the use of anyone anywhere in the United States and most other parts of the world at no cost and with almost no restrictions whatsoever. You may copy it, give it away or re-use it under the terms of the Project Gutenberg License included with this eBook or online at www.gutenberg.org. If you are not located in the United States, you will have to check the laws of the country where you are located before using this eBook. Title: Les enchantements de la forêt Author: André Theuriet Release date: February 24, 2026 [eBook #78027] Language: French Original publication: Paris: Hachette, 1881 Other information and formats: www.gutenberg.org/ebooks/78027 Credits: Laurent Vogel, Robin Tremblay and the Online Distributed Proofreading Team at https://www.pgdp.net (This file was produced from images generously made available by the Bibliothèque nationale de France (BnF/Gallica)) *** START OF THE PROJECT GUTENBERG EBOOK LES ENCHANTEMENTS DE LA FORÊT *** BIBLIOTHÈQUE DES ÉCOLES ET DES FAMILLES LES ENCHANTEMENTS DE LA FORÊT PAR ANDRÉ THEURIET PARIS LIBRAIRIE HACHETTE ET Cie BOULEVARD SAINT-GERMAIN, 79 1881 Droits de propriété et de traduction réservés PARIS.--IMPRIMERIE ÉMILE MARTINET, RUE MIGNON, 2. LA PRINCESSE VERTE A MA FILLEULE GHITA I En ce temps-là je n'avais pas encore tout à fait huit ans. Je passais une bonne partie de mes journées chez mes grands parents Pâquin, qui occupaient un petit appartement dans la maison d'un chapelier du nom de Bonnétée. La maison était située dans une des rues commerçantes de Juvigny, à côté de la salle de spectacle. Le chapelier occupait tout le rez-de-chaussée. Je vois encore, comme si c'était hier, les deux corps de logis séparés par une étroite cour où fleurissaient des balsamines et des capucines, l'escalier blanchi à la chaux, la galerie à pilastres de bois qui y faisait suite et conduisait à l'appartement de mes grands parents, situé au premier étage. De cette galerie, à l'époque où la troupe ambulante donnait ses représentations, j'entendais parfois, de l'autre côté d'un gros mur mitoyen, les accords d'un violon et les voix chantantes des acteurs qui répétaient des vaudevilles;--et je me forgeais toute sorte d'idées étranges au sujet de ce théâtre des grandes personnes, où les marionnettes que j'avais vues à la foire étaient remplacées par des acteurs en chair et en os. Le logis de mes grands parents Pâquin était la simplicité même. On entrait tout de go dans la cuisine passablement enfumée, et de là dans une salle à manger très claire, dont les fenêtres donnaient sur la rue. Cette seconde pièce était tapissée d'un papier gris à personnages, représentant des épisodes de la retraite de Russie:--grognards bivouaquant autour d'un feu où cuisait la soupe, grenadiers chargeant à la baïonnette des Russes au schako recourbé en pointe, longues files de cavaliers à manteau traversant une rivière glacée.--Rien qu'à regarder les murs, j'en avais pour des heures de silencieux amusement. Mais ma grand'mère n'aimait pas les enfants «musards»; elle m'arrachait à ces paresseuses contemplations en m'invitant d'un ton bref à venir auprès d'elle lire à voix haute une page de mon livre de lecture, dont elle suivait les lignes avec une aiguille à tricoter. Je n'allais pas encore à l'école et mon aïeule était chargée de m'inculquer les premiers éléments de lecture et d'écriture. Elle n'avait pas l'humeur commode, ma grand'mère, et quand j'étais distrait, l'aiguille à tricoter quittait les lignes du livre pour me cingler lestement les doigts. C'était une petite femme sèche au teint bilieux, avec un nez camard, et des yeux bleus renfoncés qui dardaient un regard sévère à travers des lunettes à branches d'acier. Excellente ménagère, très active, très propre, elle avait l'esprit méthodique et positif et n'admettait pas les fantaisies, pas plus celles de mon grand-père que les miennes. N'importe, malgré ses façons un peu revêches, je passais de bonnes matinées dans la petite salle, en attendant l'heure du dîner, qui avait lieu invariablement à la cloche de midi. En hiver surtout, c'était un plaisir de baguenauder dans cette pièce si intime, près du poêle de faïence qui ronflait doucement, tandis que deux canaris, du haut de leur cage accrochée au mur, n'en finissaient pas de gazouiller. Dans le four du poêle, il y avait toujours quelque bon petit plat qui mijotait; tout en feuilletant un almanach à images, je respirais voluptueusement le fumet qui s'échappait de la porte du four et je cherchais à deviner, d'après l'odeur, quelle était la surprise culinaire réservée pour le repas de midi. Tout à coup le bruit d'une canne frappant le parquet résonnait au fond de la galerie avec l'accompagnement d'une voix de basse, chantant faux, mais sur un ton très joyeux:--Brum! brum! brum!--C'était le grand-père qui rentrait de sa promenade matinale. Il ouvrait vivement la porte et apparaissait enveloppé dans son ample manteau marron à agrafe de métal et à collet de fourrure. Avec lui entrait une bouffée de jeunesse et de bonne humeur. Il avait alors près de soixante-huit ans, mais il était resté gaillard et alerte comme à trente. Grand, sec, droit comme un I et haut sur jambes, il avait encore tous ses cheveux d'un blanc d'argent, et toutes ses dents saines, solides, bien rangées; avec cela, l'oreille rouge, le teint fleuri, les yeux gris et rieurs bridés dans des paupières ridées, un long nez un peu gobeur, de grosses lèvres rosées, à l'expression gourmande et bienveillante. Il répandait autour de lui une atmosphère de bonté et d'honnête jovialité. Son cœur était ouvert à tout venant comme sa bourse; c'était tout l'opposé de ma grand'mère, qui se montrait très serrée et fort regardante. Ajoutez à cela une franchise et une rondeur militaires;--il avait été lieutenant de dragons sous le premier empire, puis sous-inspecteur des forêts à la restauration,--et vous aurez le portrait de mon grand-père Pâquin. Quelquefois, les jours de marché, quand le temps était beau et que le grand-père était rentré de bonne heure, il me criait de la cuisine, sans quitter sa houppelande:--Allons, drôle, viens faire un tour de ville!--Il ne me le disait pas deux fois; j'empoignais ma casquette et mes moufles, et nous nous en allions gaîment tous deux jusqu'à la place de la mairie, où les maraîchers étalaient en plein air leurs _charpagnes_ pleines de légumes, et où des paysannes, assises les pieds sur leur _couvet_ de cuivre jaune, détaillaient des pains de beurre et des pots de crème fraîche. Toutes ces denrées exhalaient une savoureuse odeur de village et d'étable qui me faisait plaisir à respirer. En chemin, nous nous arrêtions aux devantures des charcutiers et des marchands de comestibles. Mon g |