Today | News | Books | Recipes Adventure | Science Fiction | Ghost stories | Poetry | Children | History En pays lointainThe Project Gutenberg eBook of En pays lointain This eBook is for the use of anyone anywhere in the United States and most other parts of the world at no cost and with almost no restrictions whatsoever. You may copy it, give it away or re-use it under the terms of the Project Gutenberg License included with this eBook or online at www.gutenberg.org. If you are not located in the United States, you will have to check the laws of the country where you are located before using this eBook. Title: En pays lointain Author: Jack London Translator: Louis Postif Release date: February 25, 2026 [eBook #78041] Language: French Original publication: Paris: Georges Crès et Cie, 1926 Other information and formats: www.gutenberg.org/ebooks/78041 Credits: Laurent Vogel (This file was produced from images generously made available by the Bibliothèque nationale de France (BnF/Gallica)) *** START OF THE PROJECT GUTENBERG EBOOK EN PAYS LOINTAIN *** JACK LONDON EN PAYS LOINTAIN TRADUCTION DE LOUIS POSTIF PARIS LES ÉDITIONS G. CRÈS ET Cie 21, RUE HAUTEFEUILLE, 21 MCMXXVI DU MÊME AUTEUR A LA MÊME LIBRAIRIE Le Vagabond des Étoiles, 1 vol. in-16. Michaël, chien de cirque, 1 vol. in-16. La Peste écarlate, 1 vol. in-16. Le Fils du Loup, 1 vol. in-16 (Nouvelle édition). Martin Eden, 1 vol. in-16 (Nouvelle édition). Jerry dans l'Ile, 1 vol. in-16. Croc-Blanc, 1 vol, in-16. Le Talon de Fer, 1 vol. in-16. EN PRÉPARATION Le Peuple de l'Abîme (Traduit de l'anglais par Paul Gruyer et Louis Postif). Aventure (idem). Le Loup des Mers (idem). IL A ÉTÉ TIRÉ DE CET OUVRAGE SOIXANTE-QUINZE EXEMPLAIRES SUR VERGÉ DE RIVES DONT QUINZE HORS COMMERCE NUMÉROTÉS DE 1 A 60 ET DE 61 A 75. Tous droits réservés pour tous pays. EN PAYS LOINTAIN Aux Filles du Loup qui ont engendré et allaité une race d'hommes. Jack London. Quand on pénètre en pays lointain, on doit avant tout faire table rase des enseignements reçus jusqu'alors, pour se plier aux coutumes de cette contrée neuve pour nous; il faut renoncer aux idées qui nous sont chères, voire à nos anciens dieux, et prendre parfois même le contre-pied des principes qui, jadis, réglaient notre conduite. Ceux qui s'adaptent aisément peuvent trouver une source de joie dans ce brusque changement de vie. Pour les autres, ceux qui dès leur naissance ont croupi dans l'ornière, la contrainte de cette nouvelle ambiance devient bientôt intolérable; leur corps ainsi que leur esprit s'insurgent contre un état de choses qu'ils ne peuvent comprendre. Cette révolte se manifeste par des actions et réactions qui se traduisent chez le nouveau venu par une succession de souffrances et de malheurs. Il ferait mieux alors de rebrousser chemin, car, s'il tarde trop, il succombera fatalement. L'homme qui laisse derrière lui le confort d'une ancienne civilisation pour affronter la jeunesse farouche et la simplicité primitive du Nord peut escompter ses chances de succès en raison inverse de la force et du nombre des coutumes définitivement ancrées en lui. S'il est réellement créé pour ce genre de vie, il s'apercevra bientôt que les habitudes physiques sont de beaucoup les moins importantes. Échanger un menu délectable pour un plat grossier, une chaussure de cuir solide pour le mocassin mou et informe, un lit de plumes pour le trou dans la neige, ce n'est là que bagatelle. La vraie difficulté surgira lorsqu'il devra non seulement se plier à toutes les circonstances, mais encore s'adapter au caractère de ses compagnons. A la politesse banale de la vie quotidienne, il lui faudra substituer l'indulgence, l'abnégation et la patience. Au lieu de se confondre en remerciements, il exprimera sa gratitude sans ouvrir la bouche et la prouvera d'une façon tangible, c'est-à-dire en remplaçant le mot par l'acte, la lettre par l'esprit. Ce n'est qu'à ce prix qu'il pourra obtenir cette perle précieuse, la vraie camaraderie. * * * * * Quand la fable de l'Or Arctique se répandit de par le monde, et que ce vocable magique du Nord fit vibrer le cœur des hommes, M. Carter Weatherbee lança au loin son rond de cuir confortable, remit à sa femme la moitié de ses économies et, avec le reste, s'acheta un équipement. Non qu'il fût de caractère romanesque; le carcan du commerce avait étouffé en lui toute sentimentalité; il était simplement dégoûté de cette éternelle routine et préférait courir de grands risques, dans l'espoir d'énormes bénéfices. Comme pas mal d'autres imbéciles, dédaignant les pistes battues par les pionniers du Northland depuis une vingtaine d'années, il fila au printemps sur Edmonton et là, courant pour ainsi dire au devant du malheur, il se joignit à un groupe de chercheurs d'or. A part leurs plans, ces hommes n'avaient rien d'extraordinaire, et leur objectif, pareil à celui de tous les autres, était le Klondike; mais le chemin par lequel ils comptaient y parvenir suffoquait d'étonnement les indigènes les plus endurcis, nés et élevés pour les vicissitudes du Nord-Ouest. Jacques Baptiste lui-même--fils d'une Chippewa et d'un courrier déserteur, qui avait poussé ses premiers vagissements dans une tente de peaux de daims au nord du soixante-cinquième degré de latitude, et avait sucé pour toutes friandises des morceaux de graisse crue--n'en revenait pas. Bien qu'il eût accepté de leur louer ses services pour les conduire, s'il le fallait, jusqu'aux glaces éternelles, il secouait la tête d'un air sombre lorsqu'on lui demandait son avis. La mauvaise étoile d'un certain Percy Cuthfert devait suivre une course ascendante car, lui aussi, se joignit à cette compagnie d'argonautes. C'était un homme dont la situation était bien assise; son compte en banque égalait la richesse de son savoir, ce qui n'est pas peu dire. Rien ne l'obligeait à s'embarquer dans une telle aventure,--aucune raison au monde--sauf qu'il était atteint d'une sentimentalité anormale. Il se figurait voir dans cette entreprise le véritable esprit du Romanesque et de l'Aventure. Plus d'un avant lui en a fait autant, et a commis cette funeste méprise. La première débâcle du printemps vit le groupe descendre, avec des glaçons, le Fleuve de l'Élan. C'était une flottille imposante, car elle emmenait un approvisionnement considérable, et les blancs étaient accompagnés d'un contingent de métis mal famés, avec femmes et enfants. Jour après jour, ils trimaient sur les bateaux et pirogues, faisaient la chasse aux moustiques et autres pestes analogues, ou suaient et juraient pendant toute la durée des portages. Un labeur comme celui-là met à nu l'âme humaine jusqu'aux racines; et avant qu'on eût perdu de vue, vers le Sud, le lac Athabasca, chaque membre de l'expédition avait hissé son vrai pavillon. Carter Weatherbee et Percy Cuthfert s'étaient révélés comme les deux plus fainéants et geignards de la bande. Tous leurs camarades, ensemble, se pl |