Today | News | Books | Recipes Adventure | Science Fiction | Ghost stories | Poetry | Children | History Les Mémoires d'un ParapluieThe Project Gutenberg eBook of Les Mémoires d'un Parapluie This eBook is for the use of anyone anywhere in the United States and most other parts of the world at no cost and with almost no restrictions whatsoever. You may copy it, give it away or re-use it under the terms of the Project Gutenberg License included with this eBook or online at www.gutenberg.org. If you are not located in the United States, you will have to check the laws of the country where you are located before using this eBook. Title: Les Mémoires d'un Parapluie Author: comtesse de Elisabeth Galos Houdetot Illustrator: Henry Gerbault Release date: July 21, 2025 [eBook #76540] Language: French Original publication: Paris: Librairie Hachette et Cie, 1894 Other information and formats: www.gutenberg.org/ebooks/76540 Credits: Claudine Corbasson and the Online Distributed Proofreading Team at https://www.pgdp.net (This file was produced from images generously made available by the Bibliothèque nationale de France (BnF/Gallica)) *** START OF THE PROJECT GUTENBERG EBOOK LES MÉMOIRES D'UN PARAPLUIE *** Au lecteur Cette version numérisée reproduit dans son intégralité la version originale. Les erreurs manifestes de typographie ont été corrigées. La ponctuation a pu faire l'objet de quelques corrections mineures. _Les Mémoires d'un Parapluie_ _Les Mémoires d'un Parapluie_ PAR La Comtesse de HOUDETOT ALBUM CONTENANT _32 dessins en couleurs et 16 en noir_ de H. GERBAULT [Illustration] PARIS LIBRAIRIE HACHETTE et Cie 79, BOULEVARD SAINT-GERMAIN, 79 1894 Droits de traduction et de reproduction réservés. LES MÉMOIRES D'UN PARAPLUIE I MON ENFANCE ET MES DÉBUTS DANS LE MONDE Je suis d'une naissance obscure; j'entends par là que je naquis dans l'arrière-boutique fort sombre d'un marchand de parapluies. Ne me demandez pas, jeunes lecteurs, des détails sur ma première enfance; d'ailleurs seriez-vous capables d'en donner sur la vôtre? Mes souvenirs les plus anciens remontent à une grande armoire vitrée où je dormais dans ma gaine de cuir comme un enfant dans son maillot. Je n'y étais pas seul: d'autres parapluies de divers genres et de dimensions variées m'entouraient, soigneusement alignés; d'autres, traités avec moins d'égards, formaient un faisceau compact dans un coin rentrant du placard, où le public ne pouvait les voir. Ils étaient vieux, et il n'y a rien de plus triste qu'un parapluie hors d'usage, avec ses baleines qui pointent comme les os d'une carcasse décharnée, sa soie fripée telle qu'un visage couvert de rides, sa canne usée, son manche dédoré ou écorné; tout cet ensemble a quelque chose de lamentable qui serre le cœur. A défaut de beauté, ces vieux parapluies qui attendaient la réparation dans ce coin noir, avaient beaucoup d'expérience; ayant lutté avec persévérance contre le vent et la pluie, ils en savaient long sur la vie, et leur conversation était des plus instructives; ce furent les premiers éducateurs de ma jeunesse, et je leur dois de précieuses connaissances sur le monde où j'allais bientôt faire mon entrée. Il y avait aussi dans la même armoire, mais occupant le coin opposé aux vieux parapluies, une petite ombrelle bleue, d'un caractère fort aimable, avec laquelle j'étais lié d'amitié. Ah! ces affections d'enfance, rien ne les remplace! Les autres ombrelles habitaient des vitrines éloignées et je n'avais aucun rapport avec elles; je les voyais passer de loin, coquettes, un peu prétentieuses même, lorsqu'elles entraient ou sortaient du magasin, c'était tout. Il me reste maintenant à expliquer comment ma chère petite ombrelle bleue, au lieu de prendre rang parmi ses compagnes, se trouvait égarée parmi nous les parapluies. C'est bien simple: elle n'était jamais mise à sa place, parce qu'elle appartenait à une jeune personne, fille unique de la maîtresse du magasin et extraordinairement gâtée; Mlle Antoinette Rossignol préférait laisser là son ombrelle, pour n'avoir pas besoin d'aller la chercher dans sa chambre, située au-dessus du magasin, quand elle devait faire une petite course pour le compte de sa maman. On le voit, elle savait économiser ses pas; il est vrai que c'était à peu près la seule chose qu'elle économisât, car elle était fort dépensière et ne trouvait rien d'assez beau pour sa toilette. Lorsque Mme Rossignol lui objectait le prix d'achat d'un objet, elle répliquait: [Illustration: Mlle ANTOINETTE SERRAIT SON OMBRELLE.] «Bah! tu te rattraperas sur les clients; force un peu les chiffres de vente, au lieu de me contrarier. --C'est que les clients se défendent, soupirait cette dame, et si je leur vends les choses plus cher qu'elles ne valent, ils sauront bien aller ailleurs. --Ils n'ont pas tant d'esprit que cela, répliquait la demoiselle; et puis il y a les messieurs qui n'entendent rien à rien.» Je crois que Mme Rossignol ne suivait que trop les mauvais conseils de sa fille, aussi son magasin n'était-il guère achalandé et je restai longtemps dans mon armoire vitrée sans qu'on eût besoin de moi. Malgré les récits peu encourageants des vieux parapluies, j'avais hâte d'en sortir et de me déployer au grand air, tant le mouvement et la liberté ont d'attraits pour la jeunesse. En vain, ma chère ombrelle bleue, plus sage ou plus timide, essayait de calmer mon ardeur: «Qu'as-tu besoin de quitter ce paisible asile, me disait-elle plaintivement, pour affronter les bourrasques et les orages dont tant de parapluies sont victimes! --Que veux-tu, chère amie, c'est la destinée des parapluies de braver les averses, et mieux vaut encore remplir sa tâche au milieu des épreuves que de végéter inutile!» Elle soupira et je vis que je ne pourrais jamais la convaincre, tant nos vocations étaient différentes. Mais, malgré la divergence de nos opinions, nous n'en étions pas moins bons amis. Malheureusement, l'ombrelle bleue ayant failli être vendue par mégarde à une dame, Mlle Antoinette, qui y tenait beaucoup, se décida à la serrer dans un endroit où elle serait à l'abri de pareilles méprises. La séparation fut déchirante; j'éprouvai alors le premier chagrin de ma vie. Un jour, comme Mme Rossignol était occupée dans son arrière-boutique, je vis entrer dans le magasin une dame et une petite fille d'une douzaine d'années, et, tandis que la sonnette retentissante de la porte prévenait la marchande, les deux étrangères échangeaient le dialogue suivant: «Maman, disait l'enfant, je t'assure que j'aimerais beaucoup mieux une poupée. --Y penses-tu, ma petite Marthe! mettre à une chose aussi inutile les vingt francs que te donne ta marraine pour tes étrennes? [Illustration: «VOILA VOTRE AFFAIRE!»] --Mais, Maman, ce n'est pas inutile du tout, puisque ça m'amuse! --Il n'est pas nécessaire d'avoir des joujoux, et surtout des joujoux de ce prix-là, tandis que tu aurais besoin de tant de choses que je ne |